Comment Eranovum et Schneider Electric accélèrent la recharge électrique dans la grande distribution
Le 18 juin 2026, sur le parking d’un Bricorama en Gironde, une station de recharge ultra-rapide accueillait ses premiers clients. Cinq connecteurs, rien de spectaculaire à première vue. Pourtant, cette inauguration s’inscrit dans un programme d’envergure nationale conduit par l’opérateur de recharge Eranovum : 3 500 points de charge à déployer dans près de 600 magasins du Groupement Les Mousquetaires d’ici à fin 2028. Hugues Lom, directeur général d’Eranovum France, revient sur les coulisses de ce chantier pour expliquer le métier de CPO et le rôle joué par Schneider Electric.
CPO : Charge Point Operator. Trois lettres pour désigner un métier encore peu connu du grand public, mais aujourd’hui au cœur de l’électrification des mobilités. Hugues Lom le résume en quelques mots :
« Un CPO construit un réseau de recharge, le rend accessible, disponible et simple d’utilisation. »
Derrière la clarté de la formule se cache une réalité opérationnelle d’une grande complexité.

« Accessibilité, disponibilité, simplicité » : le triptyque du CPO
Être CPO, c’est évoluer au carrefour de l’infrastructure (construire, déployer, maintenir un réseau physique), de la technologie (gérer les systèmes de paiement, les flux de données, la tarification en temps réel) et de la relation client (optimiser le parcours et l’expérience de l’automobiliste). C’est un métier de coordinateur autant que d’exploitant.
Pure player des énergies renouvelables depuis sa fondation à Madrid en 2019, Eranovum a très vite identifié les synergies entre le photovoltaïque, sa première activité, et la recharge de véhicules électriques. L’entreprise est aujourd’hui présente en Espagne, en Belgique et depuis deux ans en France, sous la direction d’Hugues Lom.
Trois atouts d’Eranovum font régulièrement la différence : l’expérience cumulée de ses fondateurs (plus de 40 ans dans le développement et le financement de projets d’énergie renouvelable en Europe et en Amérique du Sud), un modèle intégré unique couplant bornes de recharge et production photovoltaïque sur un même site, et un positionnement de tiers-investisseur qui permet à ses partenaires commerciaux de s’électrifier sans investissement initial. Dans un marché très concurrentiel, c’est ce profil singulier qui, selon Hugues Lom, a convaincu les Mousquetaires.
« Avec la mobilité électrique, vous êtes vraiment au centre du débat public et vous avez un impact direct sur la vie des gens. » Hugues Lom, DG d’Eranovum France
La grande distribution, nouvelle base stratégique de la mobilité électrique
« Les Mousquetaires ont pris ces deux contraintes réglementaires de plein fouet. Et ils ont eu la bonne idée de se demander : c’est quoi notre métier principal ? Faire des bornes ? Faire des ombrières photovoltaïques ? Sachant que c’est extrêmement capitalistique… »
Les parkings de supermarchés sont devenus, en quelques années, un relais de l’électrification des mobilités. Ce n’est pas le fruit du hasard : c’est celui de la règlementation. La loi LOM (loi d’orientation des mobilités… sans lien avec le nom du directeur d’Eranovum France) impose à tout établissement recevant du public d’électrifier 5 % de ses places de parking, dès 20 stationnements. La loi APER (2023, modifiée en 2025 par la loi Huwart) y ajoute l’obligation de couvrir 50 % de la surface de ces mêmes parkings d’ombrières photovoltaïques ou mixtes (panneaux solaires + végétalisation).
La réponse logique : confier le tout à un tiers-investisseur. Eranovum prend en charge l’intégralité des investissements, assure l’exploitation et la maintenance sur toute la durée du contrat, et verse un loyer au magasin pour l’occupation des emplacements. Pour l’enseigne : zéro coût, un rôle d’acteur engagé dans la transition énergétique, et la perspective d’attirer davantage de trafic.
« Les clients vont préférer ce magasin parce qu’ils pourront se recharger pendant leurs courses »
La sélection d’Eranovum par les Mousquetaires ne s’est pas jouée seulement sur l’argument financier, mais aussi sur une vision partagée.
Les Mousquetaires promettent à leurs clients « un magasin tous les 10 km ». Eranovum leur a proposé un réseau de recharge avec la même granularité, sur l’ensemble du territoire national. Ce n’est pas seulement une réponse technique à un appel d’offres. C’est le prolongement, dans la mobilité électrique, des valeurs de proximité et d’accès pour tous cultivées par le groupement de distributeurs.
Le contrat intègre environ 600 magasins, pour un potentiel de 3 500 points de charge à installer d’ici à fin 2028. Les premiers sites sont en service depuis fin 2025. En 2026, première année pleine du programme, Eranovum prévoit d’équiper 70 stations représentant près de 500 nouvelles prises. La cadence s’accélèrera en 2027 et 2028.
Les Billaux : anatomie d’un chantier emblématique
La station girondine des Billaux intègre la solution qu’Eranovum déploiera à grande échelle. Sur le parking du Bricorama, l’opérateur a installé une solution calibrée sur l’usage réel : deux bornes rapides Schneider StarCharge Fast de 120 kW (soit quatre connecteurs) et une borne EVlink Pro AC de 22 kW.
La logique est simple et efficace : la recharge rapide permet à tout utilisateur de véhicule électrique de récupérer 80 % d’autonomie en moins de 30 minutes, soit le temps d’une course. La borne standard accueille les clients dont les achats durent plus longtemps.
Côté expérience utilisateur, pas de réservation. En revanche, avant même d’arriver sur le parking, l’automobiliste peut vérifier sur ses applications habituelles la disponibilité de la borne, le tarif et la puissance de charge.
Une fois sur place, les bornes Schneider Electric ont été pensées pour lever tout obstacle : terminal de paiement intégré sur la face avant (carte bancaire, application, badge inter-opérateur), câbles et ergonomie étudiés pour une prise en main immédiate. « J’ai des notes utilisateurs qui se rapprochent de 5 sur 5 », souligne Hugues Lom. Une satisfaction qui reflète à la fois la fluidité du parcours global et la facilité d’utilisation des bornes elles-mêmes. Mais un tel résultat ne s’improvise pas.
Déployer et être rentable : l’équation à résoudre
Derrière la course au déploiement se cache une tension économique fondamentale, propre au métier de CPO. Hugues Lom la formule sans détour : « L’un des principaux défis aujourd’hui, c’est à la fois de déployer et d’être rentable. Il faut mobiliser des capitaux, déployer l’infrastructure, mais en même temps relever le défi de la profitabilité. »
La clé de cette équation s’appelle le risque de trafic. Dans le modèle économique d’un opérateur de recharge, la rentabilité dépend directement du taux d’utilisation des bornes. Une borne peu fréquentée est une borne qui ne rentabilise pas l’investissement. Ce risque de trafic, longtemps le talon d’Achille des CPO pionniers, se résorbe aujourd’hui rapidement, sous l’effet conjugué des politiques publiques d’électrification et d’un contexte international qui accélère la bascule vers le véhicule électrique.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la part de marché des véhicules électriques en France est passée de 17 %* au premier trimestre 2025 à 28 %* sur l’ensemble du premier semestre 2026. Pour Eranovum, l’impact est immédiat : un chiffre d’affaires en hausse de 40 % sur les trois derniers mois. Plus les véhicules électriques se multiplient sur les routes, plus les bornes sont sollicitées, et plus le modèle devient viable. Le cercle est vertueux, mais pour l’enclencher, les infrastructures doivent être en place avant que la demande ne les dépasse.
« On veut accélérer notre plan parce qu’on se dit que c’est maintenant que ça se passe. » souligne Hugues Lom.
Schneider Electric : de l’équipementier au co-constructeur
Déployer des bornes est une chose. Les maintenir en service en est une autre. C’est là que se joue la réputation d’un opérateur et que le choix de l’équipementier devient stratégique.
À travers les SLA (Service Level Agreements), Eranovum s’engage auprès des Mousquetaires sur un taux de disponibilité supérieur à 90 % et sur des délais d’intervention de quelques minutes à 48 heures maximum. C’est court. Et c’est non négociable.
Pour tenir ces engagements, il fallait un partenaire industriel solide. Avant de retenir les bornes Schneider Electric, les équipes d’Eranovum ont conduit plusieurs mois de tests et de qualifications au centre de R&D de Schneider Electric à Grenoble : robustesse mécanique, résistance aux conditions extérieures, comportement en charge intensive, interopérabilité. Tout a été passé au crible.
La relation contractuelle avec Schneider Electric repose sur une garantie constructeur qui se déclenche automatiquement en cas d’incident. L’efficacité de cette garantie est aujourd’hui vérifiée au quotidien, sur la dizaine de stations déjà en service en juin 2026. « L’expérience nous confirme la réactivité des équipes Schneider Electric et ça, c’est quelque chose de fondamental pour moi », note Hugues Lom.
Mais c’est la perspective à moyen terme qui définit le mieux la nature de ce partenariat. Hugues Lom est clair :
« On ne voit pas Schneider Electric uniquement comme un fabricant de bornes. C’est un industriel historique et reconnu. On pourrait envisager de travailler ensemble à la mise au point des équipements : nous apportons la connaissance client, Schneider Electric apporte la capacité industrielle de réaliser ce que l’automobiliste attend d’une borne. »
Pour qualifier cette ambition, il choisit un seul mot : co-construction, « en termes de solution, de développement des fonctionnalités, de SAV. » Un mot simple, mais qui engage les deux acteurs sur la durée et sur les milliers de prises encore à installer.
Du parking au hub énergétique : la vision 360°
La station des Billaux relève de la phase 1 de la campagne. La phase 2 est déjà dans les cartons. Eranovum prévoit de revenir sur les mêmes sites pour y déployer des ombrières photovoltaïques et des batteries de stockage. L’ambition est d’atteindre ce que Hugues Lom appelle la « solution 360 » ou l’autonomie énergétique du parc de stationnement : des bornes alimentées par la production solaire locale, elle-même régulée par le stockage. Le parking de supermarché cesse alors d’être une contrainte réglementaire pour devenir un actif énergétique productif.
Ce modèle ouvre la voie à de nouveaux services. Avec Octopus Energy, Eranovum a déjà lancé une tarification dynamique : quand la production solaire est abondante et que les prix de l’électricité chutent, les automobilistes sont prévenus la veille et bénéficient de 10 à 50 % de remise sur leur recharge. Une démarche intelligente qui récompense la flexibilité de l’utilisateur.
Plus loin dans la feuille de route : le plug & charge, qui permettra à l’automobiliste de simplement brancher son câble. L’identification et le paiement seront gérés automatiquement, sans aucune manipulation. « Pour arriver à cela, il faut un dialogue tripartite entre l’opérateur de recharge, le fabricant de bornes et le constructeur automobile. Ce sont des choses qu’on a dans les roadmaps et dans les discussions. »
Et à plus long terme : l’agrégation des stations pour revendre de la flexibilité au réseau électrique national. Chaque aire de stationnement devient alors un nœud du réseau intelligent de demain.

Le 18 juin aux Billaux, ce n’est pas simplement la mise en service de 5 points de charge, mais la démonstration vivante que l’électrification de masse des mobilités ne se décrète pas : elle se construit, patiemment, borne après borne, par l’engagement de partenaires.
Eranovum est partenaire de Schneider Electric pour le déploiement d’infrastructures de recharge en grande distribution. Découvrez les solutions Schneider Electric dédiées à la mobilité électrique et aux opérateurs de recharge.
*Source : PFA https://pfa-auto.fr/wp-content/uploads/2026/06/Dossier-de-presse-PFA.pdf
Eranovum en chiffres
| Création | 2019, Madrid |
| Présence | 3 pays : Espagne, France, Belgique |
| Points de recharge | +de 1 400 opérationnels, ~11 000 projetés en Europe d’ici 2027 |
| 2 activités | Production d’énergie solaire + opérateur de recharge (CPO) |
| Contrat Les Mousquetaires | ~600 magasins · 3 500 points de charge d’ici à fin 2028 |
| Énergie | 100 % renouvelable, garanties d’origine certifiées |
| Enseignes partenaires | Intermarché, Bricomarché, Bricorama, Brico Cash, Netto, Roady |
Le métier de CPO, c’est d’abord de la coordination
C’est sans doute la partie la moins visible et la plus exigeante du métier de CPO. Pour ouvrir une station de recharge sur un parking de grande surface, Eranovum active un écosystème d’une dizaine de partenaires, organisés en deux cercles distincts.
Le premier cercle, celui des partenaires stratégiques directs, compte Schneider Electric pour la fourniture, la qualification et la garantie des équipements, et Octopus Energy pour l’approvisionnement en électricité 100 % renouvelable et le parcours utilisateur via son application Electroverse.
Le second cercle, opérationnel et complexe, est tout aussi décisif. Il comprend Enedis et les syndicats d’énergie locaux pour le raccordement au réseau électrique, les bureaux d’études et électriciens, les équipes VRD (voirie et réseaux divers) pour les travaux de génie civil, les logisticiens pour l’acheminement du matériel sur site et le magasin lui-même, dont l’activité commerciale ne peut être perturbée à aucun moment pendant les travaux.
« Notre mission, c’est d’animer cet écosystème pour que l’on reste dans les délais annoncés » résume Hugues Lom.
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