Santé

Public et privé se mobilisent pour faire face à la crise sanitaire (1/2)

Depuis des semaines, le monde est confronté à une crise sanitaire profonde. En première ligne, les soignants s’engagent et s’investissent sans compter, pour soulager, aider et guérir les malades. Enguerrand Habran, Directeur du Fonds Recherche & Innovation de la Fédération Hospitalière de France fait le point sur la situation en répondant aux questions de Fabrice Broutin, Directeur Santé Schneider Electric France. Dans ce premier article, ils évoquent la collaboration étroite avec Airbus, Mac Valves et Schneider Electric pour concevoir et fabriquer des respirateurs artificiels adaptés aux besoins des patients actuellement en service de réanimation. Un second article précisera les avancées du projet et mettra en lumière la collaboration née entre public et privé au bénéfice des établissements de santé.

Fabrice Broutin : Quelle est aujourd’hui la situation dans les hôpitaux français ?

Enguerrand HabranEnguerrand Habran : Le dispositif de santé français, comme tous ceux à travers le monde, est confronté, avec la pandémie du coronavirus Covid19, à une situation inédite. Les actions à mettre en place dans l’urgence ont été nombreuses. L’organisation d’une mobilisation générale a été indispensable pour consacrer quasiment tout le système de santé à la lutte et aux soins contre le Covid19. Nous avons travaillé sur l’approvisionnement non seulement du matériel et des ressources humaines, mais aussi et surtout, des personnels. Il a fallu mettre en place des formations en ligne pour toutes les personnes concernées, avec l’aide de startups spécialistes. Nous avons aussi œuvré dans l’urgence sur la digitalisation du système de santé pour permettre à certains services de poursuivre leur activité dans une relative sérénité. Depuis le début de la crise, nous avons constaté un déploiement de la télémédecine comme jamais nous ne l’aurions imaginé, après des années d’accueil mitigé de la part des patients pour cette technologie. J’espère que cet intérêt ne retombera pas et que les médecins pourront conserver une partie de leur activité en téléconsultation, quand ce sera possible.

FB : Quels plans d’actions ont été mis en place en cette période de crise ?

EH : Nous nous sommes attachés à répondre aux impacts directs et indirects de l’épidémie en engageant toute une série d’actions. Avant tout pour coordonner l’élan de solidarité exceptionnel en faveur des hôpitaux et les collectes de dons de la part d’entreprises, de startups et de particuliers, nous avons très rapidement lancé la plateforme jaidel’hopital.fr  qui centralise toutes les propositions d’aide, pour que les établissements de santé en disposent.

Nous avons ensuite organisé plusieurs dispositifs de recherche pour répondre aux conséquences de la crise. Ainsi, face au nombre alarmant de ruptures de traitement chez les malades chroniques ou les reports d’interventions chirurgicales, nous prévoyons de redémarrer rapidement les activités médicales qui avaient été arrêtées pour mobiliser les forces de santé face au Covid19. Mais ce n’est pas si simple. Imaginez la complexité de remettre en fonctionnement un CHU que l’on a mis en mono-activité durant plusieurs mois, en évitant, de surcroit, de consommer les ressources encore indispensables à la gestion de la crise sanitaire. Pour piloter cette reprise sereinement et en toute sécurité, nous collaborons avec des scientifiques pour concevoir des modèles numériques et envisager toutes les hypothèses de réactivation d’un établissement, à partir des données de flux hospitaliers des trois dernières années et celles lors de la crise. Dans ce même cadre, nous lançons un appel auprès des entreprises pharmaceutiques, des équipementiers et des communautés hospitalières pour se mobiliser sur cette reprise.

FB : Parmi vos projets, vous collaborez avec des industriels, notamment Schneider Electric, pour mettre au point un respirateur spécifique. Où en êtes-vous ?

EH : Nous travaillons effectivement sur la mise au point de respirateurs encore mieux adaptés aux besoins des malades du Covid19 que les appareillages standards. Dans cette perspective, nous sommes allés au cœur des établissements hospitaliers pour recueillir leurs attentes, leurs exigences et leurs contraintes. Le ministère de la Santé nous a parallèlement mis en relation avec le groupe Airbus, qui nous a convaincu par sa capacité d’intégrateur. Pour les respirateurs artificiels, nous avions aussi besoin des meilleurs spécialistes en pneumatique et en automatisme. Pour ces deux missions, les groupes Mac Valves et Schneider Electric ont été identifiés, en tant que leaders incontestés sur ces sujets. En particulier, l’équipe d’experts en Automatisme sur Toulouse de Schneider Electric, nous a accompagné avec dévouement. Nous sommes intéressés par leur savoir-faire et les solutions du groupe Schneider Electric sur le secteur de la santé, dans les hôpitaux et les EHPADs. A l’échelle du projet, la collaboration entre Airbus, Mac Valves et Schneider Electric a parfaitement bien fonctionné. Dès mi-avril, notre premier démonstrateur était achevé, grâce à la réactivité et l’agilité des trois industriels. Je suis impressionné par les performances de cet équipement développé et fabriqué dans des délais très courts, dans une démarche de co-construction étroite entre professionnels de la santé publique et groupes industriels spécialisés en intégration, pneumatique et automatisme.

FB : Quelle est votre principale inquiétude actuellement ?

EH : Nous craignons de faire face à une vague importante de psycho-traumatismes post-crise sanitaire. Afin de l’anticiper, nous conduisons une série d’études avec Santé publique France, l’INSERM, le CNRS et le Centre National de Ressources et Résilience, qui est la référence sur le sujet. Ensemble, nous avons lancé le site internet psychotrauma.fr, pour collecter les données nécessaires aux études, les traiter, évaluer les impacts, mettre en place un programme adapté et accompagner toutes les personnes qui auront été psycho-traumatisées. Une première étude nationale est déjà en cours pour suivre 65 000 étudiants en confinement. Mi-mai, nous lançon une étude équivalente sur les adolescents et les enfants. Pour les contacter, nous passons par l’intermédiaire de la presse et des partenariats avec des associations familiales. Une autre étude va être conduite également auprès des soignants. Celle-ci sera particulièrement importante, parce que le personnel médical s’est trouvé en première ligne, très brutalement pour les jeunes internes, élèves infirmiers et étudiants aides-soignants. Pour beaucoup, ils étaient pour la première fois confrontés aux services de réanimations, dans des conditions extrêmement difficiles. Enfin, une dernière étude concernera des patients souffrant de maladies mentales, pour analyser les effets de la crise et du confinement sur eux. Elle sera adressée directement aux milliers de psychiatres en France.

Le Fonds FHF pour soutenir la recherche et l’innovation hospitalière

La Fédération Hospitalière de France a créé le Fonds FHF en 2014, pour soutenir la recherche et l’innovation des 4 800 établissements sanitaires et médicaux. Enguerrand Habran en est le Directeur. « Nous accompagnons tous les établissements, du plus grand CHU au petit EHPAD, et catalysons les énergies d‘innovation, précise-t-il. L’ensemble des champs de la recherche sont concernés, à condition que les projets soient innovants, qu’ils puissent être déployés à grande échelle sur plusieurs sites et qu’ils soient reproductibles. » Le Fonds FHF participe également à des projets d’envergure, à l’instar du Centre National de Ressources et Résilience mis en place avec le CHU de Lille et l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris.


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