Résidentiel

(R)Evolution de la sécurité électrique vue par Marc Maslowski du Consuel

Marc Maslowski est directeur d’exploitation pour le Consuel, le Comité national pour la sécurité des usagers de l’électricité. Il a accepté de partager avec nous ses analyses et ses perspectives sur le futur de la sécurité électrique en France.

Monsieur Maslowski, pourriez-vous nous présenter en quelques mots votre activité au sein de Consuel ?

Le Consuel (le comité national pour la sécurité des usagers de l’électricité) est un organisme qui depuis près de 60 ans se charge du visa des attestations de conformité électrique des installations électriques en France.
Pour le Consuel, je suis directeur d’exploitation et je m’occupe des 180 inspecteurs répartis en France métropolitaine et dans les DOM, tant au niveau du management que de la gestion des compétences. Je suis également membre du comité de direction.

Nombre de contrôles et de non-respect à la norme : quel est l’état de la situation en France ?

Concernant les logements (notre domaine principal d’expertise et d’intervention), le taux de réserve pour l’ensemble des installations (réalisées par les professionnels et les particuliers) se situe autour de 10% de non-conformités impactant directement la sécurité électrique.
En ce qui concerne les installateurs professionnels, ces réserves sont essentiellement liées à un manque de mise à jour des connaissances techniques et réglementaires. Certains professionnels n’ont pas toujours la chance d’être accompagnés par des fédérations ou des organismes spécialisés et « décrochent » en matière de réglementation, d’autant que celle-ci évolue régulièrement. On en arrive à des situations où certains aspects sécuritaires importants sont négligés.

Est-ce que vous pensez que la crise sanitaire a eu un impact sur ces chiffres ?

La crise a eu des effets détournés. Avec la massification du télétravail, il y a eu une prise de conscience d’un certain nombre d’employeurs quant à leur responsabilité, vis-à-vis de la sécurité électrique de leurs salariés, y compris à leur domicile. Ce phénomène est complètement nouveau et s’est traduit par une préoccupation croissante quant aux questions de sécurité électrique, avec, à la clef, l’accroissement des demandes de sensibilisation sur ce sujet.

Au niveau des chantiers, nous n’avons pas vu de détérioration ou d’amélioration particulière liée au Covid. À notre niveau, les dégradations des taux de réserve sont principalement liées aux phases d’évolutions normatives, durant lesquelles tous les professionnels ne prennent pas forcément le temps de s’adapter ou de prendre connaissance de ces nouveautés. Une évolution des matériels est également souvent liée aux modifications des normes ou règlementations. Une formation ou information sur ces produits est alors nécessaire pour leur mise en œuvre correcte. Cette démarche n’est malheureusement pas systématique sur le terrain. C’est ce que nous constatons dans le cadre de notre mission.

architecte travaillant sur un plan

Quelles sont les grandes (r)évolutions qui attendent les pros en matière de sécurité électrique ces prochaines années ?

Les principales évolutions concernent l’arrivée en force de l’intégration des courants faibles et, pourquoi pas, la mise en place d’un réseau de courant faible parallèle au courant fort dans le logement. L’arrivée de solutions d’alimentation autonome dans le logement va nécessiter d’adapter les infrastructures à cette réalité et des technologies comme le POE ou la distribution de courant continu pourront être utilisées.

L’autonomie énergétique de demain sera probablement associée à une quote-part de fourniture d’énergie classique distribuée depuis le réseau de distribution. Pour cela, il faudra donc se poser la question de la cohabitation du courant alternatif avec le courant continu distribué sur de petites distances dans les logements. Côté multimédia, il est possible d’imaginer que, grâce au haut débit qui arrive avec la fibre, une réseau intérieur stable permette sa diffusion dans les différentes pièces de la maison. La sécurité électrique pourrait de ce fait être facilement « supervisable ». Ce réseau courant faible représenterait alors, en complément des services actuels, une des composantes d’une liaison sécurisée avec son travail ou avec le service de soins à domicile pour les personnes malades ou âgées souhaitant rester à leur domicile.

Crise sanitaire, multiplication des solutions gourmandes en électricité, augmentation constante de l’usage du web, autonomie : tous ces paramètres ont-ils un effet sur la sécurité des normes électriques et sur les normes qui les encadrent ?

Oui tout à fait ! Aujourd’hui, nous sommes en pleine révolution : puisque ce n’est pas du tout notre modèle de distribution actuel, il y a forcément des réflexions à mener quant à l’évolution du matériel pour répondre à ces nouveaux besoins.

Depuis maintenant près de 100 ans, nos installations fonctionnent principalement en courant alternatif et les évolutions en matière de sécurité électrique se sont faites de façon progressive, notamment en essayant de pallier les différents « défauts de comportement » des personnes, dans le but d’accroître la sécurité de leurs logements. Les résultats de cette démarche le prouvent. L’accidentologie a très fortement diminué. De nouveaux équipements de surveillance à distance de l’installation électrique ont d’ailleurs largement contribué à cette amélioration de la sécurité dans le temps.

Mais demain, si le courant continu se déploie dans nos logements, force est de constater que nous ne sommes pas tout à fait prêts sur le marché pour aborder cette évolution. Les constructeurs vont devoir travailler sur ce sujet. La distribution partielle de courant continu de très basse tension peut largement contribuer à améliorer la sécurité de nos installations. Nous aurons toujours besoin de puissance électrique pour le four, la plaque à induction, la machine à laver, etc. En revanche, on peut tout à fait imaginer que tout ce qui concerne l’éclairage, la télévision, l’alimentation des ordinateurs et des différents périphériques, le frigo ou même le congélateur, soient alimentés en courant continu depuis une source d’énergie renouvelable éventuellement.

Qu’est-ce que cela va impliquer comme changement pour les constructeurs et les promoteurs ?

Les constructeurs et les promoteurs vont devoir renouveler complètement leur conception du bâtiment ! Je pense notamment à la question énergique, qui est au cœur des discussions avec la RE2020. Concrètement, cette nouvelle réglementation va impliquer une nouvelle valorisation de l’électricité verte éventuellement intégrée au bâti. On le voit bien : l’électricité est l’énergie de demain, y compris pour la mobilité.

Nous allons devoir entrer dans une phase d’analyse de ces évolutions électriques, qui vont petit à petit influer sur les normes et les règlements. Il va falloir que les constructeurs d’électroménager, de télévisions, etc. soient en phase avec ces évolutions et puissent développer du matériel compatible avec ces nouvelles sources d’alimentation.

Beaucoup d’appareils multimédia fonctionnent en courant continu. On peut tout à fait imaginer que, demain, des éoliennes ou des panneaux photovoltaïques stockent de l’énergie sous forme d’hydrogène qui via une pile à combustible pourrait alimenter de manière autonome un certain nombre d’usages dans le logement. Certains appareils électroniques, comme les smartphones, se rechargent sur une prise USB en continu. Typiquement, pour ce genre d’usage, on gagnerait beaucoup à ce que la source soit directement en courant continu !

Les constructeurs vont donc devoir travailler avec les bureaux d’études pour répondre aux nouveaux besoins des clients finaux.

Homme avec un plan face au chantier

De nouveaux usages ont émergé (charge de véhicules électriques, trottinettes, installation de PV sur les toits, etc.) Pourriez-vous nous parler de la façon dont ces nouveaux usages impactent la sécurité de l’installation électrique ?

Aujourd’hui, on constate déjà des évolutions au niveau de la conception des tableaux électriques et de la possibilité de superviser l’installation avec son smartphone. De nouveaux produits innovants permettent aujourd’hui d’envisager des tableaux électriques dynamiques qui associent adaptabilité et modularité en fonction des besoins du client.

Toutes ces évolutions vont dans le même sens : mieux vivre et mieux prendre soin de notre environnement tout en conservant la possibilité de bénéficier du confort et des services associés aux nouvelles technologies. Cela va entraîner de nouveaux besoins électriques, par exemple la mise en place de prises RJ45 pour alimenter les appareils en données (signal) et en puissance. On pourrait ainsi imaginer qu’une seule prise suffirait pour alimenter un téléviseur ou un ordinateur en data et en électricité, ce qui est très peu développé aujourd’hui.

Quelle(s) perspective(s) voyez-vous pour la sécurité électrique dans le logement ?

Comme évoqué précédemment, l’une des perspectives possibles en matière de sécurité électrique est la mise en œuvre de réseaux à la fois courants forts et courants faibles au sein du logement. Tous deux associés à des dispositifs de protection et de supervision les plus simples d’utilisation. L’une de ces applications concerne la santé. Cela a été mis en lumière par la crise sanitaire liée au Covid, mais le vieillissement de la population nous y conduit tout naturellement.

Avec le Covid et la surcharge des hôpitaux provoquée par la crise, certains malades ont dû être suivis à leur domicile. Il est donc envisageable qu’à l’avenir, certaines pathologies y soient suivies. Cela impliquera donc de rendre compatible les lieux de vie d’un point de vue matériel (on le voit en ce moment avec les salles de bain et le décret « zéro ressaut ») mais aussi du point de vue électrique. Pour que ces personnes puissent être maintenues de façon sécuritaire chez elles, il faudra que l’installation électrique puisse recevoir des appareils respiratoires, par exemple, qui demandent une sécurisation totale de l’alimentation. Les pannes sont inenvisageables quand ce type d’appareil est branché sur le réseau. Il faudra donc prévoir des batteries et coupler tout cela à un système de monitoring à distance qui permettra au médecin de faire son suivi par caméra ou par l’intermédiaire d’un système de contrôle à distance. Des réseaux à la fois courant faible et courant fort sécurisés et stabilisés seront incontournables pour cela.

homme souriant en premier plan et deux hommes en bleu de travaill à l'arrière plan


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