
Introduction sur la décarbonation industrielle
L’industrie, responsable d’environ 20 % des émissions de GES (Gaz à Effet de Serre) en France, est face à un double impératif : environnemental (acidification des océans, limites planétaires) et économique. La pression réglementaire (CSRD – Corporate Sustainability Reporting Directive, directives Scope 3) et l’attente des marchés transforment les résultats sur l’empreinte carbone en un risque financier ou, stratégiquement, en un avantage concurrentiel décisif.
Lors de notre webinar, Nicolas Picq et Antoine Tommasi ont démontré comment Schneider Electric convertit cette contrainte en levier de compétitivité. Pour les professionnels cherchant une efficacité opérationnelle maximale, l’approche repose sur une feuille de route structurée, des arbitrages technologiques et un financement optimisé.
1. De la conformité à la création de valeur : structurer la feuille de route décarbonation
Quand la décarbonation ne se limite pas à se mettre en conformité, elle devient un levier de performance et de différenciation puissant : en regardant à la loupe ses process pour les optimiser, on décarbone tout en augmentant sa performance.
Schneider Electric propose une méthodologie éprouvée :
- Réaliser un diagnostic multi-scopes
Il s’agit d’effectuer un bilan carbone complet, couvrant le scope 1 (émissions directes), le scope 2 (émissions indirectes liées à l’énergie achetée) et le scope 3 (autres émissions indirectes, notamment celles de la chaîne de valeur). Ce diagnostic doit être projeté à moyen et long terme (2030/2040), en intégrant les hypothèses de croissance interne et externe et les évolutions réglementaires.
- Mettre en place une gouvernance transverse
La réussite repose sur l’implication des instances dirigeantes (COMEX – Comité Exécutif), de la direction du développement durable (RSE, CSO, HSE) , des directions industrielles et des achats. Cette impulsion doit venir des plus hautes instances de l’entreprise et être déployées à tous les niveaux. Cette gouvernance garantit l’alignement stratégique et opérationnel, ainsi que la mobilisation des ressources (humaines et budgetaires) nécessaires.
- Digitaliser le pilotage de la décarbonation
L’utilisation de plateformes de monitoring énergétique et de reporting ESG (Environnement, Social, Gouvernance) automatisé permet de suivre les indicateurs clés en temps réel et les comparer à l’objectif. L’intégration de l’IA (Intelligence Artificielle) facilite l’acquisition de donnée, l’accès aux données via des agents AI, les analyses et les préconisations la simulation des impacts de chaque nouveau projet..
« La digitalisation et la gouvernance sont les deux accélérateurs majeurs de la décarbonation à l’échelle d’un groupe. »
— Nicolas Picq
Les Quatre Piliers de la roadmap de décarbonation industrielle
Pour bâtir une feuille de route solide, nos experts préconisent de travailler sur quatre axes interdépendants :
- Réduction : Diminuer la consommation d’énergie (Scopes 1 & 2) via la sobriété et l’efficacité énergétique. C’est le pilier qui offre souvent la rentabilité la plus rapide.
- Remplacement : Remplacer les énergies carbonées par des énergies décarbonées, notamment par l’électrification des procédés (le sujet sera approfondi plus loin).
- Baisse de l’Intensité Carbone de l’énergie achetée : Optimiser l’approvisionnement via des contrats comme les PPA (Power Purchase Agreements) pour un meilleur achat d’énergie renouvelable.
- Engager sa Chaîne de Valeur (Scope 3) : C’est un levier puissant car, pour la majorité des industriels, le Scope 3 (émissions indirectes liées à la chaîne de valeur) est majoritaire. Nous menons en ce moment de nombreux programmes d’engagement fournisseurs pour le compte de grands groupes.
Dans l’industrie, le scope 3 représente souvent au-delà de 70 % des émissions totales. Les leaders du secteur ont réduit leur intensité carbone de 15 % en 5 ans grâce à la digitalisation des process et à l’engagement fournisseurs.
2. Arbitrages technologiques : électrification hybride, flexibilité et ROI
L’électrification des procédés industriels est le levier le plus rapide pour réduire les émissions des scopes 1 et 2. Cependant, elle se heurte souvent à des obstacles : manque de puissance réseau, disponibilité des technologies (surtout pour les besoins en chaleur haute température) ou complexité de la modernisation des infrastructures électriques existantes.
L’électrification totale des usages représente aujourd’hui l’approche la plus performante en matière d’efficience énergétique. Elle permet une réduction significative des pertes, une meilleure intégration des énergies renouvelables, et une optimisation des systèmes de consommation. Cependant, cette transition idéale n’est pas toujours réalisable immédiatement. Des contraintes telles que la disponibilité limitée de la capacité électrique ou des obstacles financiers peuvent freiner sa mise en œuvre.
Dans cet article, nous explorons une solution alternative : une transition progressive vers l’électrification, conçue pour s’adapter aux réalités techniques et économiques tout en garantissant une flexibilité sur les prix de l’énergie. Cette approche hybride permet aux entreprises et aux collectivités de planifier leur évolution énergétique sans compromettre leur compétitivité ni leur résilience.
Le Concept d’Électrification Hybride : Sécuriser la Transition
Pour débloquer cette phase, Schneider Electric recommande l’approche de l’électrification hybride, qui permet de phaser la transition sans risquer la continuité de la production :
- Elle combine la génération conventionnelle (ex: chaudière gaz) avec la génération électrique décarbonée.
- Elle repose sur la cogénération des différents flux énergétiques (thermique, électrique) et l’autoconsommation sur site (panneaux solaires).
- L’intégration du stockage d’énergie permet d’optimiser la flexibilité et de basculer entre les sources d’énergie au moment le plus opportun et le plus rentable.
« Le concept d’électrification hybride permet d’avoir un phasage entre l’électrification 100% et rien du tout… pour pouvoir jouer [sur les coûts et la rentabilité]. »
— Antoine Tommasi
Ce phasage garantit que l’investissement d’électrification est planifié, sécurisé et surtout rentable, car il permet de générer des revenus additionnels (via des agrégateurs) ou de réduire les coûts de carburants. Cependant, l’électrification nécessite une analyse fine et une gestion des risques :
- Cartographier les usages énergétiques du site
Il est essentiel d’identifier les procédés pouvant être électrifiés, de simuler différents scénarios (électrification totale, hybride, phasage progressif) et d’analyser les usages thermiques et électriques pour cibler les leviers les plus pertinents.
- Sélectionner les technologies prioritaires
Les solutions incluent les chaudières électriques, les pompes à chaleur haute température, le stockage thermique, l’autoconsommation photovoltaïque (PV), et la recompression mécanique. Chaque technologie doit être évaluée selon son efficacité, sa maturité et son impact sur le process industriel.
- Anticiper les contraintes et risques opérationnels
La disponibilité du réseau électrique, la congestion locale, l’impact sur la continuité de production et la cybersécurité des architectures IT/OT (Technologies de l’Information / Opérations Industrielles) sont des facteurs critiques à intégrer dans la planification.
- Mettre en œuvre un modèle hybride
La combinaison de gaz et d’électricité, associée à une flexibilité d’arbitrage selon les prix spot et l’intégration d’agrégateurs (opérateurs valorisant la flexibilité énergétique sur les marchés), permet d’optimiser les coûts et de sécuriser la production.
« L’électrification hybride permet d’arbitrer en temps réel entre gaz et électricité, selon les prix spot et la disponibilité réseau. »
— Antoine Tommasi
Cas d’usage chiffré :
Un site chimique aux Pays-Bas a adopté une électrification hybride (gaz + électrique + batterie), obtenant un retour sur investissement (ROI – Return On Investment) de 12 ans, une réduction des coûts énergétiques de 18 % et une flexibilité accrue. L’ajout d’agrégateurs et de solaire thermique a permis d’optimiser encore davantage la performance.
3. Digitalisation et convergence IT/OT : accélérateurs de performance et conformité
Pour les directions opérationnelles et digitales, la convergence IT/OT et l’exploitation de la donnée sont des leviers majeurs :
- Piloter la performance par la donnée
Le suivi des KPI (Key Performance Indicators) énergétiques et carbone en temps réel, la simulation des impacts réglementaires (CSRD, SBTi – Science Based Targets initiative) et l’automatisation du reporting ESG permettent de piloter la stratégie de décarbonation avec précision.
- Sécuriser et renforcer la résilience des infrastructures
Une architecture IT/OT sécurisée, le monitoring des assets critiques et l’automatisation des alertes et audits sont essentiels pour garantir la continuité et la conformité des opérations.
- Optimiser grâce à l’IA et à la maintenance prédictive
Les algorithmes prédictifs facilitent l’optimisation des consommations, la maintenance prédictive et l’arbitrage énergétique, contribuant à la réduction des coûts et à l’amélioration de la performance globale.
Exemple concret :
Un leader industriel a réduit de 22 % ses émissions scope 2 en 3 ans grâce à l’intégration d’une plateforme de pilotage énergétique et à l’automatisation du reporting ESG.
4. Modèles financiers innovants : lever le frein du CAPEX avec l’énergie à service
Le financement est souvent le principal frein à la mise en œuvre des projets de décarbonation. Schneider Electric propose le modèle “Energy as a service” :
- Transformer le CAPEX en OPEX
Ce modèle repose sur la contractualisation d’une performance énergétique, où l’investissement initial (CAPEX) est converti en dépenses opérationnelles (OPEX), avec un paiement indexé sur les économies réelles réalisées.
- Regrouper les leviers d’action pour maximiser le business case
L’approche consiste à regrouper plusieurs actions (efficacité énergétique, électrification, digitalisation) afin d’améliorer la rentabilité globale du projet et de réduire le temps de retour sur investissement.
- Partager les gains et aligner les intérêts
Le contrat prévoit la rétrocession des économies générées, inclut la maintenance et garantit l’alignement des intérêts entre le client et le fournisseur de service.
Chiffres clés :
65 % des industriels retardent leurs projets faute de CAPEX disponible. Le modèle “Energy as a service» permet de réduire le temps de décision de 40 % et d’accélérer la mise en œuvre.
«l’ « Energy as a service” est le catalyseur financier qui permet de passer de l’intention à l’action, sans immobiliser le capital. »
— Nicolas Picq
5. De la contrainte à l’avantage concurrentiel : prise de position et recommandations
La décarbonation industrielle exige une approche structurée, pilotée par la donnée et financièrement agile. Les décideurs doivent challenger le statu quo, intégrer la digitalisation au cœur de la stratégie et arbitrer les technologies selon les ROI et les risques. Schneider Electric accompagne les industriels sur l’ensemble du cycle : diagnostic, feuille de route, électrification, digitalisation, financement et pilotage de la performance.
Recommandations stratégiques :
- Prioriser les investissements à fort impact carbone et à retour sur investissement rapide (ROI).
- Intégrer la digitalisation pour piloter et sécuriser la performance énergétique et carbone.
- S’appuyer sur des modèles financiers innovants pour accélérer la transformation sans immobiliser le capital.
- Engager la chaîne de valeur (fournisseurs, clients) pour maximiser l’impact sur le scope 3.
Pour aller plus loin
- Proof of concept pour un nouveau paradigme d’automatisation
- Gestion et alimentation des datacenters
- Participer à l’effort de sobriété énergétique
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