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Rencontres Santé de Nice : quand coopérer permet de mieux soigner

Le 14 octobre 2021, j’ai participé à la table ronde ″Comment faciliter la coopération entre le monde de l’entreprise et le monde de la santé ?″ des Rencontres Santé de de Nice, dont la thématique porte cette année sur ″Coopérer pour mieux soigner !″ L’opportunité pour échanger avec Didier Haas, fondateur et organisateur des Rencontres. Interview.

 

 

 

En quelques mots, pouvez-vous décrire les Rencontres Santé de Nice ?

 

Didier Haas – Cet événement est le fruit de mes fonctions professionnelles successives :  conseiller à l’ARH (agence régionale de l’hospitalisation) des Pays de la Loire, directeur de cliniques, créateur de la clinique Jules Verne à Nantes, membre fondateur et délégué général du Groupe Hospitalier de la Mutualité Française… Ces différentes expériences m’ont appris que l’on est forcément plus performants en réfléchissant ensemble. C’est ensuite au cours d’un voyage d’études au Québec que j’ai eu l’idée de comparer les modes de rapprochements entre établissements hospitaliers – autrement appelés recompositions hospitalières – selon les pays. Les premières « Rencontres franco-québécoises sur les recompositions hospitalières » sont ainsi nées en février 2014. Face au succès rencontré, l’année suivante, en 2015, l’événement est renouvelé en France, à Nice plus précisément, où se sont d’ailleurs succédées six éditions aujourd’hui. Au fil des années, les Rencontres Santé de Nice réunissent de plus en plus de décideurs de la santé dans le cadre d’un ″think tank″ d’envergure internationale, avec trois objectifs : échanger, comparer les expériences (entre les situations au Québec, au Danemark ou en Italie par exemple) et construire une pensée commune. Si nos réflexions peuvent profiter aux transformations des systèmes de santé, ce serait une avancée intéressante.

En 2021, les Rencontres Santé de Nice portent sur le thème ″Coopérer pour mieux soigner″. Pourquoi cette thématique en 2021 et de quelles coopérations parlez-vous ?

DH – On n’a pas le choix. Le système de santé doit exister dans un cadre de coopérations, pour être efficace et performant, et en France il y en a de plus en plus. Cela passe par des conventions entre établissements, des groupements hospitaliers de territoires, voire des fusions dans une même structure juridique. On y gagne en qualité et en sécurité des soins, mais aussi en termes de finances publiques. La crise sanitaire a constitué un révélateur des besoins de coopérations. Souvenez-vous de mars 2020, lors de pic épidémiologique dans l’Est de la France. Des patients ont été transférés dans les hôpitaux d’Angers, Le Mans, Nantes et La Roche-sur-Yon, tandis que des cliniques privées de l’Est étaient vides. Si les coopérations entre établissements avaient été plus développées, ces patients seraient restés dans leur région. Heureusement la situation a changé maintenant, grâce à l’investissement des personnels et de médecins. Mais ce serait encore plus simple si le Dossier Médical Partagé (DPM) devenait réalité. Il y aurait ainsi une coopération sur la prise en charge du patient, tout au long de son parcours de santé.

Et quand on parle de coopérations, on évoque aussi les rapprochements entre territoires, les relations avec les patients aussi. Connaissez-vous par exemple le dispositif de patients partenaires au Québec ? Nous évoquons ce dispositif à double sens du médecin au malade et du patient au professionnel de santé dans le cadre de la première table ronde des Rencontres (″Le patient invisible : quelle place dans un système cloisonné ?″). Un malade chronique passe en moyenne 50 heures avec des médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, et plus de 6 250 heures à s’occuper de sa maladie. Le patient partenaire est donc la personne la mieux placée pour donner des informations au personnel médical et, ensemble, ils pourront améliorer les actions de prévention, la prise en charge de la maladie et le choix des traitements. Et on a encore bien d’autres typologies de coopérations possibles dans la santé : entre médecins et autres soignants (Table ronde N°2 – ″Quelles clés de coopérations entre professionnels de santé ?″), entre acteurs du bâtiments (Table ronde N°3 – ″Architecture : quelles coopérations efficaces entre maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre ?″), via le numérique (Table ronde N°4 – ″Le partage d’informations : comment passer du discours politique aux actes ?″), ou encore entre privé et public (Table ronde N°5 – ″Comment faciliter la coopération entre le monde de l’entreprise et le monde de la santé ?″). Un sujet qui vous concerne, Fabrice, et une table ronde à laquelle vous participez. Votre contribution est intéressante, parce que les partenaires publics restent souvent hésitants aujourd’hui. Il existe une certaine méfiance de leur part vis-à-vis du secteur privé, qu’on imagine guidé par le profit. C’est donc important d’en discuter, même si on a vu de belles réalisations ces derniers mois, comme la mobilisation de Schneider Electric et d’autres industriels avec les pouvoirs publics pour mettre à disposition des respirateurs pour les malades de la Covid-19.

En effet, les choses changent. Nous sommes très impliqués dans des partenariats avec les Etablissements de Santé publics et privés. L’après Covid a facilité l’intelligence collective entre nous et nous avons su dégager du temps pour innover et favoriser la créativité. Je fais par exemple référence à l’innovation Cube au sein de notre bâtiment Intencity à Grenoble, dans lequel nous travaillons avec les structures de santé, pour imaginer les solutions répondant à leurs besoins émergents. Ce laboratoire d’innovation leur permet de se projeter dans les bâtiments hospitaliers du futur, basés sur la digitalisation et la décarbonation. Bien entendu, des POC (Proof of Concept) sont en outre expérimentés au sein des hôpitaux ou des clusters d’innovation dans les territoires.

Pour conclure, Didier Haas, quels sont les facteurs-clés de succès, qui vont permettre d’engager les coopérations efficacement et ainsi améliorer la qualité des soins ?

DH – A mon sens, les leviers principaux sont au nombre de cinq. La première, c’est une volonté politique partagée, avec une vision et des objectifs opérationnels communs, au service des besoins des patients.

Il faut ensuite mettre en place des relais dans les administrations, à l’instar des ARS, les fédérations, et avec tous les opérateurs qui travaillent sur le terrain, pour décliner les actions.

Troisièmement, il faut compter sur les rencontres d’hommes et de femmes, avec des convergences et des intérêts communs, pour enclencher des initiatives de coopération.

Il convient ensuite de déployer une réelle capacité à mobiliser les acteurs, pour transformer concrètement toutes les bonnes volontés.

Enfin, le cinquième facteur-clé de succès est pour moi la décision d’engager des moyens, matériels, immobiliers, financiers et humains. Les prises de conscience, les beaux discours et la motivation ne suffisent pas. Il faut des moyens. La réussite des coopérations dans les secteurs médical et hospitalier en dépend.

Article rédigé par Fabrice Broutin, Directeur Santé chez Schneider Electric.

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