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« Cette crise sanitaire nous unit, pour rassurer avec bienveillance les personnes âgées »

Après les interviews d’Enguerrand Habran, Directeur du Fonds Recherche & Innovation de la Fédération Hospitalière de France, Fabrice Broutin, Directeur Santé chez Schneider Electric, poursuit les entretiens avec ses partenaires, dans le contexte de la crise sanitaire actuelle. Il s’adresse cette fois-ci à deux interlocutrices du médico-social : Virginie Pagani, Directrice de l’EHPAD privé à but non lucratif Saint Domnin à Digne-les-Bains, et Tania Jean, Directrice du SSIAD[1] du Sisteronais à Sisteron avec lesquelles il collabore régulièrement pour appliquer les solutions EcoStruxure™ pour la Santé aux réalités du terrain, depuis qu’il a rencontré Virginie lors d’un salon de l’innovation et la domotique dans la santé à Digne-les-Bains et Tania au Congrès de la FEHAP 2013 (Fédération des Etablissements Hospitaliers et d’Aide à la Personne Privés Non Lucratifs).

Fabrice Broutin : Qu’est-ce que cette crise a changé à vos pratiques ?

Virginie Pagani : Dans la situation actuelle, la bienveillance guide plus que jamais nos pratiques. Notre priorité est de préserver la santé des personnes, soignants et résidents. Nous avons donc mis en place un sas sanitaire, qui évite aux équipes de se croiser et limite ainsi le risque de contamination. Nous avons aussi installé un vestiaire dans le salon de coiffure du notre EHPAD, parce qu’il a une ouverture sur l’extérieur, pour que chacun d’entre nous puisse revêtir et quitter sa blouse et son masque. Deux fois par jour, nous prenons la température de chaque soignant et chaque résident, pour repérer les éventuels signes de la maladie. Les résidents sont confinés dans leur chambre, ce qui a des conséquences sur leur moral. Nous passons beaucoup de temps avec eux et une collaboratrice est affectée à l’organisation d’un échange vidéo quotidien par tablette interposée entre chaque personne âgée et sa famille.

Virginie Pagani

Maintenant que les visites des proches sont autorisées, nous sommes encore plus mobilisées, notamment pour mettre en place un espace agréable et chaleureux avec toutes les règles d’hygiène et de distanciation physique nécessaires. Pour chaque visite, une personne coordonne le planning, deux autres collaboratrices encadrent le bon déroulé de la visite et une dernière gère l’après-rencontre avec la famille. La situation est difficile à appréhender pour les personnes âgées. Pour le moment, nous n’avons eu aucun cas de Covid19 dans notre établissement. Néanmoins, nous restons vigilants et prêts à intervenir. Nous avons notamment préparé une zone de dix chambres destinées à isoler très rapidement des résidents infectés.

Tania Jean : Nous continuons d’intervenir au domicile de plus de la moitié des patients (60 %). Nous avons suspendu les visites auprès des personnes âgées atteintes de pathologies aggravantes, souvent à leur demande, tout en mettant en place des appels de vigilance quotidiens pour nous assurer qu’elles respectent bien les gestes barrières, qu’elles conservent des règles d’hygiène, qu’elles se nourrissent correctement…, et pour garder le lien social.

Tania Jean

Pour assurer la continuité de l’accompagnement à domicile, nous prenons toutes les précautions nécessaires, équipées de sur-blouses, de sur-chaussures, de masques, de visières. Nous avons supprimé les douches, qui entraînent un risque dû à une promiscuitétrop importante, favorable à la diffusion du virus dans un milieu chaud et humide, au profit d’une toilette complète au lavabo. Pour limiter le nombre d’intervenants à domicile, nous nous substituons parfois aux infirmières libérales pour distribuer les médicaments. Chacune de nos visites est détaillée dans des fiches vigilance Covid19, avec prise de la température, de la saturation, de la tension des personnes âgées, mais aussi observations des symptômes physiques, cutanés notamment, pour garantir une traçabilité. Nous avons tenu aussi à être bienveillant vis-à-vis de nos soignants, permis à ceux qui ont des enfants de rester chez eux, de faire certaines tournées en binôme pour améliorer le moral et réduire le stress, autorisé les rapports contexte si particulier, certains aides-soignants se sont révélés, mobilisés au-delà des soins d’hygiène, pour aider et rassurer les personnes âgées malgré leurs propres peurs.

Fabrice Broutin : Dans ce contexte si particulier, qu’est-ce que Schneider Electric peut vous apporter ?

Tania Jean : Nous avons beaucoup plus d’actions à réaliser, entre les règles sanitaires, les mesures d’hygiène à mettre en place, le temps démultiplié de désinfection, les prises de température, de tension, de saturation, l’observation des signes cliniques… Autant de temps que nous ne passons plus dans l’échange et le lien social. C’est pour cela que toutes les technologies qui nous permettent de gagner du temps sont précieuses pour nous. L’outil de veille Senior 3.0 de Schneider Electric nous est utile pour nous alerter et détecter les comportements à risque de personnes âgées qui ne se nourrissent pas, ne dorment plus ou ne se déplacent pas assez. Je connais bien cet outil d’alerte, puisque j’ai été consultée par Schneider Electric pour qu’il réponde bien à nos besoins.

Nous sommes très intéressées par ces outils numériques et nous travaillons déjà ensemble avec des partenaires de Schneider Electric sur des projets de téléconsultation, interopérables avec les solutions Ecostruxure™ pour la santé, dans le cadredes programmes Exchange et Technology patnership de Schneider Electric. Plus généralement, les objets connectés reliés au smartphone ou à la tablette des aides-soignants, rassurent les personnes âgées sur leur sécurité.

Virginie Pagani : Nous avions justement le projet d’équiper les sols des chambres de l’EHPAD avec des détecteurs pour signaler les chutes directement sur le téléphone du soignant, qui pourrait ainsi agir sans tarder. Si ce projet a été freiné par l’arrivée de la Covid19, nous ne l’abandonnons pas car nous disposons de deux professionnels seulement, la nuit, pour 72 résidents. Schneider Electric a par ailleurs évoqué deux autres outils intéressants. Le ″carnet numérique″ d’abord, que nous sommes en train d’installer, qui permet de taguer automatiquement les équipements de nos tableaux électriques et d’identifier les références des composants qui y sont installés pour connaître leur état de fonctionnement. Notre structure de santé gagnerait ainsi en termes de continuité de service, d’efficacité de maintenance et de temps d’entretien. Un temps qui nous permettra de nous concentrer uniquement sur nos missions d’accompagnement des personnes âgées. Nous sommes également intéressées par une solution actuellement en co-développement au sein d’un incubateur de startups européen auquel contribue Schneider Electric, qui permet de détecter certains symptômes précoces de la Covid19. Nous aimerions l’expérimenter dans notre établissement. Chaque visiteur restera moins d’une minute face au détecteur. A la moindre suspicion, l’entrée dans l’EHPAD lui sera interdite pour la santé et la sécurité de tous. En tout cas, il est intéressant de constater qu’un grand groupe comme Schneider Electric se soucie des préoccupations des structures de santé comme les nôtres et qu’il met en place des actions pour nous accompagner dans un élan solidaire.

Fabrice Broutin : EHPAD, soins à domicile : vous arrive-t-il de travailler ensemble ?

Fabrice Broutin

Virginie Pagani : Cette crise nous a permis d’avancer plus rapidement sur le sujet de la coordination médicale. Il y a eu beaucoup d’échanges, de visions partagées entre Directeurs d’EHPAD et plus largement avec toute la filière, ce qui n’existe pas en temps général.

Tania Jean : Nous avons constaté la grande capacité d’adaptation des professionnels de la santé. Grâce à cela, nous avons maintenu le cap. Nous avons eu besoin de nous rapprocher. Les liens entre les métiers, aides-soignants, infirmières libérales, médecins, pharmaciens, hôpitaux…, se sont renforcés et nous avons élargi le réseau de partenaires que j’ai créé en 2018 au niveau du territoire. Il nous fallait savoir comment chacun s’organisait durant le confinement. Je me suis chargée de transmettre les retours de chacun d’entre nous à l’Agence Régionale de Santé.

Virginie Pagani : Entre nos deux structures plus spécifiquement, le SSIAD du Sisteronais et l’EHPAD Saint Domnin, il nous arrive de partager nos points de vue sur l’intérêt de certaines pratiques, méthodes ou technologies, comme celles de Schneider Electric. Pour aller plus loin nous avons le projet d’un échange type « Vis mon job », pour découvrir les différentes pratiques face aux personnes âgées. Nous sommes convaincues que cet exercice sera très enrichissant tant professionnellement que personnellement pour nos équipes. Les aides-soignants du domicile porteront ainsi un nouveau regard sur l’EHPAD, dont la réputation n’est pas toujours à la hauteur de l’engagement de notre personnel. Inversement, les aides-soignants en EHPAD pourront mieux comprendre comment travailler seul, tout en ayant un esprit d’équipe à domicile.

Tania Jean : Nous prévoyons aussi d’organiser dès que possible après la crise une formation commune sur la Méthode Montessori appliquée au 3e âge. Or, les professionnels des différents métiers de santé se rencontraient peu jusqu’à présent, jusqu’avant l’épidémie. Cette expérience de réseau sera donc une première !


Virginie Pagani DIGNES

Nichée au cœur des collines boisées près de Digne-les-Bains, la résidence Saint Domnin fait partie de l’association La Compassion. Avec un effectif de 40 professionnels, elle compte 72 lits, dont 14 lits pour des malades d’Alzheimer en unités de vie protégées, 2 lits en accueil temporaire et 3 espaces de vie autonome. Parmi ses nombreuses actions, elle a mis en place un café des aidants, pour mieux les accompagner et les aider.


Tania Jean et une partie de l'équipe

Les 19 aides-soignants, l’infirmière, la secrétaire et la directrice du SSIAD du Sisteronnais interviennent au domicile de 65 personnes âgées de plus de 60 ans, dont certaines en résidences autonomie, et de deux personnes en situation de handicap, sur le secteur très étendu 41 communes autour de Sisteron. Le SSIAD fournit une assistance dans les actes quotidiens de la vie, des prestations de soins programmées, pour éviter une hospitalisation ou une aide au retour à domicile, pour les personnes qui le nécessite.


Schneider Electric travaille déjà depuis longtemps pour des EHPADs, comme l’illustrent ces réalisations au sein de l’EHPAD des Noisetiers et avec le groupe Medeos.



[1]
Service de Soins Infirmiers à Domicile


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