Bâtiments

La donnée, ″valeur bleue″ du bâtiment et des services aux occupants

Comment transformer un bâtiment classique, fournissant aux occupants éclairage, chauffage et ventilation, en un smart building, susceptible d’offrir des milliers de services (géolocalisation, énergies renouvelables, réservation de salles, conciergerie…, pour les plus classiques) ? La réponse vient de l’exploitation des données. Mais pas n’importe quelles données. Des données nettoyées, contextualisées, qualifiées, comme l’expliquent Jérémie Bellec, Président de SpinalCom, et Rémi Paccou, Directeur Marketing Bâtiment Digital pour Schneider Electric.

Commençons par les fondamentaux : c’est quoi, pour vous, un smart building ?

Jérémie Bellec – Un smart building est un bâtiment qui répond, par la mise en place d’applications digitales, aux enjeux cruciaux actuels de responsabilité sociale et environnementale, d’amélioration du cadre de travail des occupants, d’atteinte des objectifs financiers des organisations et de respect des contraintes réglementaires. Le rôle de ces applications est avant tout d’extraire du sens à partir des millions de données générées par le bâtiment et ses différents systèmes. La gestion des données, leur acquisition, leur intégration, leur mise en qualité, leur croisement… est donc au cœur de l’évolution vers le smart building.

Rémi Paccou – Avant tout, un smart building est un bâtiment qui possède un système de gestion unifié et autonome sur l’ensemble des métiers, afin d’apporter plus d’efficacité dans les opérations, et qui a la capacité de consommer moins d’énergie qu’un bâtiment classique. De surcroît, le smart building doit savoir s’adapter à ses usagers, en apportant plus de confort et des services pour améliorer l’expérience des occupants. Un bâtiment smart peut par ailleurs communiquer avec les immeubles voisins et s’interfacer avec le réseau électrique, pour répondre aux besoins de la ville de demain. Enfin, nous considérons que le smart building est un moteur de l’économie circulaire de la ville, parce que ses services numériques permettent d’optimiser la gestion de l’énergie, de l’eau, des déchets…

Comment le smart building peut-il tenir les promesses que vous venez de décrire ?

Jérémie Bellec – Le bâtiment nécessite une infrastructure digitale pour réaliser tous ces objectifs de RSE, d’amélioration du cadre de travail, d’optimisation des coûts ou encore d’augmentation de la productivité. Le smart building devient ainsi une plateforme d’applications ouvertes, qui vont extraire, traiter, croiser et analyser les données du bâtiment.

Rémi Paccou – Les données qui existent déjà dans le smart building sont extrêmement nombreuses. Beaucoup sont fournies par la Gestion Technique du Bâtiment GTB évidemment, mais ce n’est pas suffisant. Il convient d’en récupérer une grande variété, qui provient de la Gestion de la Maintenance Assistée par Ordinateur GMAO, de la maquette numérique du bâtiment BIM, du management des espaces, du Système de Sécurité Incendie SSI, des objets connectés IoT…

Jérémie Bellec – Néanmoins, il n’y a pas de miracle. La quantité ne suffit pas. Si les données ne sont pas de qualité, les services ne le seront pas non plus. Les applications numériques, et les plateformes qui les pilotent, devront donc non seulement extraire et collecter des données, mais aussi les sortir de leur silo, leur donner du sens et les rendre plus homogènes. Prises ensembles, elles constitueront un jumeau numérique du bâtiment, pour ensuite traiter les informations de façon plus dynamique et autonome et produire des analyses justes qui permettent de prendre des décisions adaptées et pertinentes. Prenons un exemple, la généalogie. Si vous inscrivez tous les membres de votre famille avec les liens de parentés dans un tableau Excel, difficile de trouver instinctivement qui est le petit cousin du beau-frère de votre grand-mère. En revanche, avec un arbre généalogique (qui représente finalement un ″double virtuel″ de votre famille), les membres de votre famille sont reliés, positionnés, …, bref, qualifiés, et vous trouvez facilement le petit cousin, sans risque d’erreur sur la personne.

Reste à savoir comment faire travailler ces données ensemble, non ?

Jérémie Bellec – Deux possibilité s’offrent à nous. Pour coupler des informations, la première solution consiste à connecter les systèmes de traitement des données deux à deux, comme une GTB avec un logiciel BIM par exemple. Mais cette solution de connexion est complexe et n’apporte aucune réponse à la question de la qualité des données. La seconde possibilité repose sur l’utilisation d’une solution de convergence, qui collecte et traite les données de tous les systèmes du bâtiment (GTB, GMAO, SSI, BIM…) selon une convention de nommage partagée et normalisée, pour donner un nom commun à une salle de réunion par exemple, qui n’est pas désignée de la même manière dans la GMAO, la GTB, la SSI ou le BIM. Les informations traitées sont ainsi à la fois plus simples et mieux qualifiées.

Rémi Paccou – Pour bien comprendre les deux possibilités proposées, imaginez une réunion où vous devez communiquer avec un Anglais, un Allemand, un Chinois et un Russe. Vous pouvez utiliser un traducteur Français/Anglais qui vous permet d’échanger uniquement avec votre interlocuteur anglais, puis un traducteur Français/Russe pour discuter avec votre collègue russe, tandis que les participants allemand et chinois parlent ensemble via un traducteur Allemand/Chinois, et ainsi de suite. Difficile d’avancer la réunion efficacement dans ces conditions. Autre configuration : les contributeurs à la réunion passent par un outil, type Google Trad, pour communiquer tous ensemble dans un langage commun. Tout le monde se comprend et la réunion est beaucoup plus productive.

Jérémie Bellec – Dans le bâtiment, cet outil est une plateforme ouverte de gestion des données du bâtiment. C’est ce que l’on appelle aussi un BOS, un Building Operating System, capable de gérer de manière dynamique le jumeau numérique (que j’ai déjà évoqué) et d’orchestrer ses relations avec toutes les applications qui interagissent dans le bâtiment.

Concrètement, comment mettre en place cette organisation dans un smart building ?

Rémi Paccou – Dans le bâtiment, Schneider Electric est surtout connu pour fournir le système de GTB. Mais ce n’est pas tout. Nous proposons aussi des solutions de gestion des espaces, de supervision de la maintenance, de pilotage de l’énergie, de l’IoT, de la connectivité réseau… : tout ce que l’on retrouve au sein de notre plateforme EcoStruxureTM. Nous avons également développé une grande variété de services dédiés aux lots techniques : Building Advisor, WorkPlace Advisor, Asset Advisor… Aujourd’hui, nous nous dirigeons vers une convergence de ces Advisors en un seul pour le smart building. Nous aurons besoin de passer par un système de contextualisation des données, de type Graph, comme celui de SpinalCom par exemple.

Jérémie Bellec – En passant par le réseau IP du bâtiment, notre Building Operating System va de son côté piocher toute la donnée nécessaire dans EcoStruxureTM, qui couvre une grande variété de domaines. Nous fusionnons ensuite cette donnée avec les autres sources d’information, comme le BIM par exemple, pour multiplier les opportunités de services et apporter de l’intelligence au smart building. Cela, en simplifiant largement la gestion des applications du bâtiment.

Rémi Paccou – Au-delà de la technologie, l’enjeu porte aussi sur la collaboration entre les acteurs, afin d’enrichir la technologie au travers des usages de nos clients. En ce sens, Schneider Electric lance en 2020 la plateforme collaborative Exchange, afin de faciliter les échanges et les innovations entre tous les acteurs du bâtiment. Elle nous permettra de faire bénéficier la filière des savoir-faire et des expertises de tout l’écosystème et d’enrichir nos connaissances sur le smart building. Ensemble, nous ″construirons″ ainsi le bâtiment de demain, ouvert, interactif, évolutif et centré sur l’usager.


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